Pour vivre heureux, vivons caché.es?

10606615_10152881655535320_7523739215633483864_nHier, j’ai participé à la 13ème « Marcha del Orgullo, de la Dignidad y de la Diversidad sexual » de Puebla, la « Marche des fiertés » d’ici. C’était ma première en tant que bie assumée et affirmée, et je dois dire que ça m’a fait du bien. Je me sentais fière d’arborer ce drapeau coloré, une couronne de fleurs sur la tête, et de défiler parmi tant d’autres personnes aussi différentes, aux corps différents, aux sexualités différentes, mais desquelles je me sentais proche comme jamais.

Certain.es ami.es avec qui j’ai discuté ensuite m’ont fait part de leur réticence vis-à-vis de cette marche. Ils trouvaient que le mot « Orgullo » (ou fierté) était mal approprié, car, « je suis pas fièr.e d’être hétéro moi ». Bien sûr que non tu n’en es pas fièr.e, ou plutôt, tu n’as pas à l’être, tu n’as pas à le revendiquer pour exister. Tu existes. La société t’accepte comme tu es, elle te considère même comme la norme, alors pourquoi aurais-tu besoin de t’affirmer ? C’est toujours la même problématique : c’est fou combien il est difficile de se rendre compte que l’on est privilégié.e, mais que tous et toutes ne le sont pas, et surtout de l’accepter*. Parce que oui, il est évident que quand tu es hétéro (et surtout un homme blanc et cis) tu n’as pas besoin d’aller marcher pour défendre ton droit à avoir la sexualité dont tu as envie. Il est évident que tu te reconnais dans toutes ces publicités, ces films, dans lesquelles amour ou sexe ont toujours lieu entre deux personnes de sexe opposé. Tu n’es jamais (ou rarement) mal à l’aise dans des soirées où toutes les nanas parlent de leur type de mec et les mecs de leur type de nana et te demandent « Et toi ? » sans se préoccuper de si tu aimes les uns, les autres, ou peut-être les deux. Tu n’es jamais confronté.e à ces situations dans lesquelles tu ne sais pas si tu peux parler ouvertement de ta sexualité de peur de la réaction des personnes en face de toi. Tu n’en as pas marre que l’on te demande toujours si tu as un mec, mais jamais si tu as un mec ou une meuf. Tu n’es pas accusé.e de ne pas savoir ce que tu veux/vouloir le beurre et l’argent du beurre/être une fille ou un mec facile qui aime juste coucher à droit à gauche/vouloir faire des expériences « juste pour le fun » ou pour te la péter quand tu dis que tu es bi.e. Tu ne te prends pas la tête pendant des heures en te demandant comment tu peux faire comprendre aux gens que tu connais depuis longtemps et qui t’ont toujours connu.e en couple hétéro qu’en fait, tu aimes aussi les filles. Tu n’as pas peur, en écrivant ces lignes, de comment vont réagir certaines de ces personnes à la lecture de cet article.

Tu ne sais pas tout ça. Tout ce que tu sais, tout ce que tu vois, c’est que tu peux vivre ta sexualité comme tu l’entends et que tout le monde trouve ça NORMAL. Alors s’il te plaît, prends conscience de la chance que tu as, et quand nous pourrons tous jouir comme nous le voulons et avec qui nous voulons, on en reparlera.

* Attention, je reconnais moi aussi être privilégiée sur certains aspects. Mais je travaille pour en être consciente, et essayer d’être toujours respectueuse de ceux.lles qui ne le sont pas en réfléchissant à la conséquence de mes paroles ou de mes actes.

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