Fiou fiou – le sifflement de trop

Aujourd’hui, alors que je marchais avec l’amoureux dans les rues animées du marché poblano, je me suis faite siffler par un petit groupe d’individus mâles – évidemment j’ai envie de dire. Jusque là, rien de très exceptionnel dans la vie d’une femme, vous me direz. Mais je voudrais revenir sur deux choses.

La première, c’est que ce genre de choses ne m’arrive que très rarement ici au Mexique. Peu c’est déjà trop, car doux serait le monde et paisibles nos vies sans harcèlement sexuel, mais trêve d’utopies, ce monde n’est pas (encore?) le nôtre. En tout cas, cela fait bien relativiser sur la Frrrance, vue comme tellement « éduquée » depuis l’étranger, mais pourtant bien reine du harcèlement de rue (à mon humble expérience). Jamais on ne m’a autant sifflée, aguichée, interpellée, insultée, tripotée qu’en France. Jamais on ne m’a dit des choses aussi violentes qu’en France (et oui, je comprends ce qu’on me dit ici dans la rue). Alors oui, aujourd’hui on m’a sifflée, la semaine dernière on m’aura sûrement glissé un « wapa », et je ne l’apprécie pas plus qu’en France. Mais jamais je n’aurais pensé que le Mexique serait aussi reposant sur ce point-là, et que la France était aussi agressive.

La seconde chose porte plus particulièrement sur ce qu’il s’est passé aujourd’hui. Moi, l’amoureux, la rue. Le sifflement. Et la réaction de l’amoureux : « Es mia chiquitos ! » (« C’est la mienne les petits ! »). Puis ma tête, la sienne, ma colère, lui regrettant déjà ce qu’il venait de dire. Car non, je suis la sienne de personne, à part peut-être la mienne. Et non je n’aime pas qu’on me siffle dans la rue, mais je ne veux pas non plus qu’un autre homme prenne ma défense. Même si ses intentions sont bonnes, même si en dehors d’un coup de tête énervé, il ne dirait jamais que je suis sienne, même si le but était simplement de me montrer qu’il était là, pour moi, et que je n’étais pas seule face à ces cabrones. Pourquoi ? Parce-que je veux que l’on me respecte pour ce que je suis, moi, en tant que femme qui marche dans la rue, seule ou accompagnée, et non parce-qu’un individu identifié mâle me tient par le bras, ou leur dit de se taire. Parce-que ça me fout la rage, et surtout ça m’attriste profondément d’avoir besoin d’un homme pour me défendre. Je ne veux pas, je le refuse. Parce-que c’est MON problème, MA condition, MON quotidien. Parce-que même si je ne dis rien, même si je n’arrive pas encore tout le temps (surtout dans une autre langue) à les envoyer a la chingada, je veux pouvoir me défendre MOI. En clair j’en ai assez, plus qu’assez que mon respect ou ma sûreté dépende d’un autre, d’un homme, encore, toujours.

Et c’est dur. C’est dur de faire comprendre ça aux hommes, surtout à quelqu’un d’aussi respectueux, qui fait autant attention à ses paroles qu’à ses actes. Aux hommes, aux autres, qui ont beau dire mais qui ne connaissent pas le harcèlement de rue. Ils ne savent pas, malgré tout ce qu’on peut leur raconter, leur expliquer, les témoignages qu’ils peuvent lire, les chiffres, les conseils qu’ils peuvent eux-mêmes édicter, JAMAIS ils ne sauront. Alors oui, j’aimerais juste qu’on me laisse gérer ça comme je peux, qu’on arrête de me dire « Ne le prends pas si mal », ou « Tu n’as qu’à les envoyer chier ! », « Défends-toi ! », … parce-que vous ne savez pas. Moi je sais. Nous, nous savons. Nous, nous vivons ça tous les jours. Et la parole doit être à nous.

Je vois déjà les male tears venir, certain.es hurler au différentialisme, me traitant de féminazi dans leur tête. Il ne s’agit en rien de cela, il ne s’agit pas de refuser toute aide ou collaboration ou autre coopération entre les deux sexes. Il s’agit juste de refuser que l’homme soit encore celui qui occupe l’espace public et prenne le dessus jusque dans notre situation d’opprimées. Simplement de demander que même là, on nous laisse nous exprimer, s’il vous plaît. C’est triste, vous ne trouvez pas ? Moi si.

Publicités

Une réflexion sur “Fiou fiou – le sifflement de trop

  1. 24 mars 2015. Je travaille tard le soir, je travaille à l’hôpital. Ma tache se termine quand tous les patients sont installés pour la nuit. Un patient, beaucoup de médicaments, beaucoup de questions. Beaucoup d’explications, d’empathie, de bonne humeur et de bienveillance. Puis avant de sortir de la chambre: moi » Vous n’avez plus besoin de rien? » et lui ( et vous l’avez devinez puisque vous aussi vous savez ): « un petit bisou ». Je suis triste moi aussi, tout comme Neli K Y de voir que pour cet homme, il était normal que je sois « gentille » jusqu’au bout! C’était dans l’ordre des choses. Même s’il s’est excusé le lendemain, c’est décevant de constater que je ne suis pas simplement un être doté de sensibilité mettant des compétences au service d’autres êtres nécessitant ces compétences. Oui, moi aussi je trouve ça triste. CSL

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s