[BODYSEX México] Mon corps est beau, mon corps est mien, et toutes les femmes sont mes sœurs

J’ai assisté au premier atelier « Bodysex » au Mexique.

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« Bodysex », c’est un atelier créé par Betty Dodson, féministe et activiste de la masturbation, dans le New-York des années 1970. Bodysex est né suite aux groupes de conscience féministes durant lesquels les femmes se réunissaient pour parler de leurs conditions, de leurs vies en tant que femmes, mais dans lesquels il n’était jamais ou presque question de sexualité. Elle décide donc de créer des groupes consacrés entièrement au plaisir féminin, invitant les femmes à se réunir complètement nues, à échanger sur leurs rapports à leurs corps et à leurs orgasmes, et à partager leurs expériences de masturbation.

Je crois que je n’ai pas de mots pour décrire ce que j’ai vécu, pour exprimer tout l’amour et la gratitude que j’ai ressenti pour les merveilleuses femmes avec qui j’ai partagé l’expérience.

Le matin du jour-J, j’ai senti le besoin de prendre soin de moi. Je me suis demandée : Comment se prépare-t-on pour une telle journée ? Comment m’habiller pour assister à un atelier où je vais être nue ? Je suis restée un moment allongée, au chaud. Puis je me suis levée, je me suis préparée un thé que j’ai bu tranquillement, seule et nue. Je me suis observée un moment dans le miroir, me demandant comment j’allais bien pouvoir réagir quand j’allais me retrouver nue face à dix autres femmes entièrement nues elles-aussi. Je me suis faite un gommage, délicat, j’ai passé un moment sous la douche, j’ai caressé mon corps, ma peau était douce, je me suis trouvée belle, mais fragile. En chemin, mon casque sur les oreilles, la musique n’a pas réussi à me distraire. J’étais curieuse, impatiente. Alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres, à quelques minutes, j’ai senti le besoin de faire une pause. J’étais fébrile, j’étais fiévreuse, j’étais fragile, le soleil est sorti et ses rayons m’ont réchauffée, je tremblais un peu je crois, et c’est à peine si j’entendais le bruit des voitures qui descendaient l’avenue au bord de laquelle j’étais assise. J’avais chaud, mon sang bouillait et me montait à la tête. J’avais peur, j’avais hâte.

Quand la porte s’est ouverte, je me suis retrouvée face à Fabiola, qui animait l’atelier, nue et souriante, qui me souhaitait la bienvenue. Quelques femmes étaient déjà présentes, 4 ou 5 je crois. Petit à petit le cercle s’est agrandi, jusqu’à devenir complet. Nous avions toutes un plateau avec de l’huile de coco, des mouchoirs en papier, un verre d’eau et un vibro-masseur. Au début, nous étions timides, cherchant à cacher nos corps avec un coussin, ou bien les jambes repliées. Fabiola nous a expliqué le déroulement de la chose, et nous a fait part de l’émotion qu’elle avait à animer le premier Bodysex México, que c’était un rêve devenant réalité, et pas seulement le sien : celui de Betty Dodson, et de toutes les autres femmes ayant déjà participé à Bodysex, et ce, depuis les années 1970… Déjà les larmes me montaient aux yeux, sentant que j’allais vivre quelque chose de fort, quelque chose pourquoi des féministes se sont battues, continuent à se battre, et que cela allait bien plus loin que nous, les onze réunies dans cet appartement de México. Bodysex, c’est donner la parole aux femmes en tant que femmes, et non en tant qu’épouses, mères, filles, sœurs, cheffe ou employée ; à nous, à toi, à moi. Dans Bodysex, il n’y a pas de leader, et Fabiola nous l’a bien rappelé : nous sommes toutes expertes de ce que nous vivons. Bodysex, c’est partager cela, c’est libérer la parole, c’est la faire venir à toi, de toi, et pour toi. Bodysex ça n’a rien de sexuel et encore moins de porno : il s’agit simplement d’être soi, sans aucune barrière.

L’atelier a commencé par deux questions : « Comment je me sens avec mon corps ? » et « Comment je me sens avec mes orgasmes ? ». Chacune notre tour, nous y avons répondu, échangeant, commentant nos expériences. Nous étions onze, et dans chacune d’entre elles, j’ai vu un petit bout de moi. Aucune histoire n’était la-même, mais toutes étaient semblables. Ce qui m’a frappé, c’est à quel point nous avons toutes subies une ou des violence.s sexuelle.s, quelle qu’elle soit, et sans exception. Je me suis sentie proche de ces femmes, elles m’ont touchée. Répondre à ces questions est déjà en soi un exercice difficile, un travail réflexif qui a remué tout plein de choses qui se sont passées pour moi cette dernière année.

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Après cela est venu l’heure tant attendue de l’observation des vulves. Chacune notre tour, nous nous sommes assises, jambes écartées, avec une lampe et un miroir, pour montrer notre vulve aux autres et surtout, l’observer nous-mêmes. Car qui prend le temps de faire ça ? Qui connaît sa vulve (et ne l’appelle pas vagin, d’ailleurs), sait où se trouve son clitoris, l’entrée du vagin, etc. ? La plupart des femmes ne la regarderont que si elles pensent avoir un problème (boutons, infection) et ne sont jamais en contact avec leurs parties génitales. Lorsque je me suis retrouvée jambes écartées face à dix femmes commentant à quel point ma vulve était jolie, était d’une couleur incroyable, et avait une forme de cœur qui paraissait ouvrir les bras pour recevoir un abrazo, j’ai commencé à y croire moi aussi. Pour la première fois de ma vie, j’ai vu mon clitoris (il est tout caché ce coquin). Et je me suis sentie connectée à mon corps comme jamais, grâce à ma « super vulve végane » qui n’a rien de dégoûtant et que je peux prendre plaisir à observer. Sur les onze, chaque vulve était totalement différente mais toutes étaient magnifiques, et c’était tellement beau de voir ces femmes découvrir, ou se réconcilier avec leurs vulves! Les filles, votre vulve est belle, prenez le temps de la regarder, de la masser, elle est votre « moi » le plus intime et le plus précieux, votre amie la plus chère, ce serait dommage de ne pas prendre le temps de la connaître…

A la fin de cette première journée, une étrange sensation m’habitait : je me sentais totalement vidée, épuisée mais tellement pleine, comblée et remplie d’une énergie si positive qui me donnait envie de crier à tout le monde ce que je venais de vivre. Surtout, j’étais fière de vivre ça et de faire partie de ce magnifique cercle de femmes toutes plus différentes mais plus belles les unes que les autres, qui en à peine cinq heures, étaient devenues mes sœurs.

Le deuxième jour est arrivé, et la gêne du début avait disparu. A vrai dire, je n’avais qu’une hâte : arriver pour m’enlever ces vêtements et me retrouver à nouveau dans le cercle, nue. Cette journée était d’avantage consacrée à la masturbation et aux orgasmes. Nous avons échangé des techniques de masturbation, Fabiola nous a expliqué les différents types d’orgasme selon la classification de la Docteure Betty Dodson, et nous a enseigné des techniques de respiration et de méditation aidant à atteindre l’orgasme. Suite à cela, nous avons pris part au « receso erotico », ou récréation érotique, le moment où nous nous masturbons toutes ensemble. Très franchement, avant d’assister à l’atelier, je ne savais pas si j’allais en être capable, encore moins si j’allais être capable d’avoir un orgasme. Mais quand est arrivé le moment de me caresser, d’attraper le vibro et de l’approcher de mon clitoris, j’ai ressenti un plaisir immense et c’était tout sauf bizarre. Chacune a commencé à prendre du plaisir, de la manière et au rythme qu’elle le souhaitait, et ça semblait tellement naturel, c’était tellement beau de nous voir partager quelque chose d’aussi intime mais commun que la masturbation… Il y a eu un moment où nous étions toutes dans la même position, assise en cercle sur les genoux, et Fabiola a proposé que l’on se regarde dans les yeux. Nous étions heureuses, apaisées, en confiance, et nous avons toutes éclaté de rire en nous regardant, nous riions car ça nous paraissait si simple, si facile et si incroyable de partager tout ça… Je crois que j’ai été la première à avoir un orgasme, et ça a été un des plus beaux orgasmes de toute ma vie, entourée de ces femmes, Portishead en fond, Fabiola m’encourageant, je me suis laissée jouir et j’ai laissé sortir ce cri de plaisir qui m’envahissait, c’était tout bonnement magique ! On se félicitait mutuellement, à un moment nous avons toutes joui en même temps et n’avons pas pu nous retenir de rire, un fou rire délicieux, jouir et rigoler toutes ensemble, rien ne pouvait égaler cette plénitude.

La session s’est terminé par un massage « collectif »  (en deux groupes) : chacune notre tour, nous recevions un massage de cinq autres femmes. Ce fut un moment très spirituel et très émouvant. Jamais je n’avais eu autant de mains sur mon corps, mais surtout, sentir tant de tendresse et tant d’amour de leur part m’a bouleversée.

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Vous ne savez pas à quel point je souhaiterais que chaque femme puisse vivre cela au moins une fois dans sa vie. Je sais que l’expérience peut sembler bizarre voire effrayante, mais il se trouve que ça a été la chose la plus naturelle au monde. Je me suis sentie tellement femme, tellement moi et tellement belle… J’ai découvert à quel point mon corps était beau et fort, il a un pouvoir incroyable qui n’appartient qu’à moi et qui n’est que pour moi. J’ai beaucoup pensé à mes amies, et j’ai pensé : Pourquoi ne pourrions-nous pas le faire entre nous ? Pourquoi avons-nous si honte de nos corps, pourquoi ne pouvons-nous pas partager d’avantage et nous ouvrir aux autres ? Oui, je suis fille, je suis sœur, je suis amie, mais avant toute chose, je suis un corps et je suis un corps sexuel. Nous le sommes tous et toutes. Et ma sexualité, c’est moi. C’est une part importante, que je n’ai plus envie de cacher par peur de heurter, dont je ne veux plus avoir honte car c’est une part de moi-même que j’adore et qui me définit.

Ce qui m’a le plus marqué je crois, c’est la sororité entre nous, la complicité que j’ai ressenti avec toutes ces femmes : j’ai vu un bout de moi en chacune d’entre elles et c’est tellement beau une telle unité dans la diversité. A la fin de l’atelier, nous avons pris une minute de silence pour nous regarder toutes et chacune dans les yeux. Ce que j’ai vu, c’est de l’amour, de la gratitude et je me suis sentie bienvenue. Car avant tout, nous sommes des femmes : nous vivons des expériences similaires, subissons les mêmes violences, avons le même corps et la même soif de plaisir et de liberté. Et ensemble, avec une telle énergie comme celle que nous partagions dans ce cercle, nous sommes si fortes ! Évidemment, la société nous préfère esseulées et affaiblies : nous leurs sommes bien plus utiles. Alors on nous culpabilise, on nous apprend à penser aux autres, à tout sauf à nous-mêmes et on nous traite de femmes égoïstes si l’on décide par et pour nous-mêmes. Eh bien vous savez quoi ? Je suis égoïste, et je vous demande que vous le soyez vous aussi ! Pensez à vous, vivez pour vous, vivez avec vous.

En rentrant chez moi, j’ai eu un moment de peur. J’avais peur qu’elles me manquent, peur de ne pas retrouver la force et l’énergie que j’ai ressenti et qui nous unissait, peur de ne pas en être capable toute seule. Mais au final, j’ai compris que ce que j’avais appris, avant tout, c’était à me connaître moi-même ; et qu’en étant moi-même, j’aurai toujours un peu d’elles avec moi, que cette énergie nous unit bien au-delà de tout le reste.

Je termine en disant merci, merci Bodysex, merci à Fabiola et aux dix autres femmes qui étaient présentes ce jour-là à México, mais surtout merci à moi, d’avoir eu le courage d’y aller et la force de tomber amoureuse de moi. Je sens qu’une grande porte s’est ouverte en moi, et je suis pleinement reconnaissante envers les femmes du cercle d’avoir été mes guides et mes miroirs.

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