Pourquoi tu ne dois pas me souhaiter une « bonne journée de la femme »

Mesdames, Messieurs,

S’il vous plaît, prenons quelques instants pour remettre les pendules à l’heure, et les idées à leur place. Le 8 mars N’EST PAS la « Journée de la femme ». Pourquoi ?

  1. « La femme » n’existe pas. Eh oui, désolée de vous décevoir mais « la fâââme » est un concept totalement surfait et inventé par le capitalo-patriarcat à des fins oppressives. Parler de LA femme, c’est imposer un modèle de féminité duquel il est mal vu de s’éloigner. C’est refuser la diversité, diversité des corps, des esprits, des caractères, des sexualités. C’est n’accepter qu’une seule manière d’être femme: celle que vous vendent les grandes entreprises et leurs publicités, les industries culturelles, etc. C’est renforcer, encore et toujours, les stéréotypes de genre (qui touchent aussi bien les hommes que les femmes).

    Il n’y a pas une femme mais DES FEMMES. Nous sommes pleins, nous sommes multiples, nous sommes belles et nous sommes différentes. Nous ne sommes pas toutes minces comme il.lles le souhaiteraient, nous ne correspondons peut-être pas à leurs critères de « beauté », nous ne sommes peut-être pas toutes de futures mères, nous ne savons pas toutes marcher avec des talons de 12, nous ne vivons peut-être pas toute dans l’attente du prince charmant, nous aimons peut-être les femmes ou les hommes ou les deux ou sommes peut-être asexuelles, certaines se fichent sûrement de leurs poils et d’autres pas, nous ne vivons pas, mais alors vraiment pas, dans le seul but de vous séduire, vous les hommes, et nous ne sommes peut-être même pas toutes nées femmes cis, mais nous sommes toutes DES femmes.

  2. Nous sommes toutes des femmes, et nous avons toutes été discriminées pour ce simple fait. Nous sommes d’avantage touchées par la pauvreté (13,8% des femmes contre 12,2% en France en 2008), nous avons moins accès aux postes à responsabilité (par exemple, 1 parlementaire sur 5 est une femme), nous créons moins d’entreprise (29% des créations d’entreprise), nous avons des salaires en moyenne 27% inférieurs à ceux des hommes à travail égal. Nous sommes celles qui effectuent encore 80% des tâches domestiques. Nous avons toutes connu le harcèlement de rue, nous nous sommes toutes déjà faites insulter pour notre tenue, nous sommes 5 fois plus victimes de violences sexuelles que les hommes, et on nous en rend souvent responsables. Nous restons victimes de mutilations sexuelles, de privation de droits aussi élémentaires que celui de voter, de conduire, etc. Nous sommes une insulte (« Tu cours comme une fille », « Tu pleures comme une fille » etc.), nous subissons le sexisme jusque dans les salles d’accouchements, on refuse encore de féminiser les noms de professions, et j’en passe, je pourrais continuer des pages durant…1

  3. Il s’agit d’une journée de commémoration et de rappel des luttes que les femmes ont menées et mènent encore aujourd’hui. Je ne vais pas vous refaire toute l’histoire, mais sachez qu’à l’origine, le 8 mars a été instauré par le parti socialiste états-unien comme la commémoration d’une grande vague de grèves et de manifestations de milliers de femmes des industries textiles new-yorkaises qui réclamèrent les mêmes droits que leurs collègues hommes. Il s’agit aussi du premier jour de la révolution russe de 1917, jour où les femmes manifestèrent pour du pain, et la fin de la guerre. Il est arrivé en Europe par la II ème Internationale, et était célébré par les communistes comme « Journée internationale du travail des femmes ». En 1977, la journée est officialisée par les Nations Unies, invitant chaque pays à célébrer une journée pour les droits des femmes.

    Ce jour a été volé par le système capitalo-patriarcal contre nous : il a été institutionnalisé, et ainsi destitué de son aspect combatif. Il est devenu une espèce de célébration d’une prétendue « féminité » soi-disant libérée, qu’on essaie de faire passer pour un progrès et une réussite dans le seul but de nous faire oublier toutes les discriminations dont nous souffrons encore ! Pour cela, rien de tel que de nous vendre des bijoux ou des appareils ménagers à prix réduits : donnons-leur ce qu’elles veulent et elles se tairont ? Les filles, je vous en prie, refusons cette stratégie capitaliste !

  4. Tout simplement parce-que cette journée s’appelle Journée internationale pour les droits des femmes. Un point c’est tout.

Donc s’il vous plaît, mesdames ne vous faites pas avoir, refusez la fausse attention que l’on vous porte ce jour-là : ce n’est qu’une oppression de plus ! Et n’oubliez pas la lutte dans laquelle nous sommes toujours. Messieurs, ne rendez pas hommage « aux femmes de votre vie », ne leur faites pas la faveur de faire la vaisselle parce-que « C’est la journée de la femme » (pitié, tout mais pas ça!), et ne tombez pas non plus dans le piège capitaliste et consumériste. Regardez plutôt autour de vous et essayez de vous rendre compte de l’oppression que nous subissons toujours, et de l’attitude oppressive que vous pouvez avoir (si si, je vous assure, cherchez bien), et comment vous pourriez la faire disparaître.

Profitons de cette journée pour réfléchir, tous et toutes ensemble, à nos paroles et à nos actes, aux transformations à mener pour faire de ce monde un monde meilleur, plus juste, et plus égalitaire ; profitons de cette journée pour être solidaires. Le 8 mars est simplement là pour nous rappeler ce dont nous devrions nous rappeler tous les jours.

1Tous les chiffres viennent de là : femmes.gouv.fr/wp-content/uploads/2012/07/Chiffres_cles_2010_egalite_hommes_femmes.pdf

Pour vivre heureux, vivons caché.es?

10606615_10152881655535320_7523739215633483864_nHier, j’ai participé à la 13ème « Marcha del Orgullo, de la Dignidad y de la Diversidad sexual » de Puebla, la « Marche des fiertés » d’ici. C’était ma première en tant que bie assumée et affirmée, et je dois dire que ça m’a fait du bien. Je me sentais fière d’arborer ce drapeau coloré, une couronne de fleurs sur la tête, et de défiler parmi tant d’autres personnes aussi différentes, aux corps différents, aux sexualités différentes, mais desquelles je me sentais proche comme jamais.

Certain.es ami.es avec qui j’ai discuté ensuite m’ont fait part de leur réticence vis-à-vis de cette marche. Ils trouvaient que le mot « Orgullo » (ou fierté) était mal approprié, car, « je suis pas fièr.e d’être hétéro moi ». Bien sûr que non tu n’en es pas fièr.e, ou plutôt, tu n’as pas à l’être, tu n’as pas à le revendiquer pour exister. Tu existes. La société t’accepte comme tu es, elle te considère même comme la norme, alors pourquoi aurais-tu besoin de t’affirmer ? C’est toujours la même problématique : c’est fou combien il est difficile de se rendre compte que l’on est privilégié.e, mais que tous et toutes ne le sont pas, et surtout de l’accepter*. Parce que oui, il est évident que quand tu es hétéro (et surtout un homme blanc et cis) tu n’as pas besoin d’aller marcher pour défendre ton droit à avoir la sexualité dont tu as envie. Il est évident que tu te reconnais dans toutes ces publicités, ces films, dans lesquelles amour ou sexe ont toujours lieu entre deux personnes de sexe opposé. Tu n’es jamais (ou rarement) mal à l’aise dans des soirées où toutes les nanas parlent de leur type de mec et les mecs de leur type de nana et te demandent « Et toi ? » sans se préoccuper de si tu aimes les uns, les autres, ou peut-être les deux. Tu n’es jamais confronté.e à ces situations dans lesquelles tu ne sais pas si tu peux parler ouvertement de ta sexualité de peur de la réaction des personnes en face de toi. Tu n’en as pas marre que l’on te demande toujours si tu as un mec, mais jamais si tu as un mec ou une meuf. Tu n’es pas accusé.e de ne pas savoir ce que tu veux/vouloir le beurre et l’argent du beurre/être une fille ou un mec facile qui aime juste coucher à droit à gauche/vouloir faire des expériences « juste pour le fun » ou pour te la péter quand tu dis que tu es bi.e. Tu ne te prends pas la tête pendant des heures en te demandant comment tu peux faire comprendre aux gens que tu connais depuis longtemps et qui t’ont toujours connu.e en couple hétéro qu’en fait, tu aimes aussi les filles. Tu n’as pas peur, en écrivant ces lignes, de comment vont réagir certaines de ces personnes à la lecture de cet article.

Tu ne sais pas tout ça. Tout ce que tu sais, tout ce que tu vois, c’est que tu peux vivre ta sexualité comme tu l’entends et que tout le monde trouve ça NORMAL. Alors s’il te plaît, prends conscience de la chance que tu as, et quand nous pourrons tous jouir comme nous le voulons et avec qui nous voulons, on en reparlera.

* Attention, je reconnais moi aussi être privilégiée sur certains aspects. Mais je travaille pour en être consciente, et essayer d’être toujours respectueuse de ceux.lles qui ne le sont pas en réfléchissant à la conséquence de mes paroles ou de mes actes.