[BODYSEX México] Mon corps est beau, mon corps est mien, et toutes les femmes sont mes sœurs

J’ai assisté au premier atelier « Bodysex » au Mexique.

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« Bodysex », c’est un atelier créé par Betty Dodson, féministe et activiste de la masturbation, dans le New-York des années 1970. Bodysex est né suite aux groupes de conscience féministes durant lesquels les femmes se réunissaient pour parler de leurs conditions, de leurs vies en tant que femmes, mais dans lesquels il n’était jamais ou presque question de sexualité. Elle décide donc de créer des groupes consacrés entièrement au plaisir féminin, invitant les femmes à se réunir complètement nues, à échanger sur leurs rapports à leurs corps et à leurs orgasmes, et à partager leurs expériences de masturbation.

Je crois que je n’ai pas de mots pour décrire ce que j’ai vécu, pour exprimer tout l’amour et la gratitude que j’ai ressenti pour les merveilleuses femmes avec qui j’ai partagé l’expérience.

Le matin du jour-J, j’ai senti le besoin de prendre soin de moi. Je me suis demandée : Comment se prépare-t-on pour une telle journée ? Comment m’habiller pour assister à un atelier où je vais être nue ? Je suis restée un moment allongée, au chaud. Puis je me suis levée, je me suis préparée un thé que j’ai bu tranquillement, seule et nue. Je me suis observée un moment dans le miroir, me demandant comment j’allais bien pouvoir réagir quand j’allais me retrouver nue face à dix autres femmes entièrement nues elles-aussi. Je me suis faite un gommage, délicat, j’ai passé un moment sous la douche, j’ai caressé mon corps, ma peau était douce, je me suis trouvée belle, mais fragile. En chemin, mon casque sur les oreilles, la musique n’a pas réussi à me distraire. J’étais curieuse, impatiente. Alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres, à quelques minutes, j’ai senti le besoin de faire une pause. J’étais fébrile, j’étais fiévreuse, j’étais fragile, le soleil est sorti et ses rayons m’ont réchauffée, je tremblais un peu je crois, et c’est à peine si j’entendais le bruit des voitures qui descendaient l’avenue au bord de laquelle j’étais assise. J’avais chaud, mon sang bouillait et me montait à la tête. J’avais peur, j’avais hâte.

Quand la porte s’est ouverte, je me suis retrouvée face à Fabiola, qui animait l’atelier, nue et souriante, qui me souhaitait la bienvenue. Quelques femmes étaient déjà présentes, 4 ou 5 je crois. Petit à petit le cercle s’est agrandi, jusqu’à devenir complet. Nous avions toutes un plateau avec de l’huile de coco, des mouchoirs en papier, un verre d’eau et un vibro-masseur. Au début, nous étions timides, cherchant à cacher nos corps avec un coussin, ou bien les jambes repliées. Fabiola nous a expliqué le déroulement de la chose, et nous a fait part de l’émotion qu’elle avait à animer le premier Bodysex México, que c’était un rêve devenant réalité, et pas seulement le sien : celui de Betty Dodson, et de toutes les autres femmes ayant déjà participé à Bodysex, et ce, depuis les années 1970… Déjà les larmes me montaient aux yeux, sentant que j’allais vivre quelque chose de fort, quelque chose pourquoi des féministes se sont battues, continuent à se battre, et que cela allait bien plus loin que nous, les onze réunies dans cet appartement de México. Bodysex, c’est donner la parole aux femmes en tant que femmes, et non en tant qu’épouses, mères, filles, sœurs, cheffe ou employée ; à nous, à toi, à moi. Dans Bodysex, il n’y a pas de leader, et Fabiola nous l’a bien rappelé : nous sommes toutes expertes de ce que nous vivons. Bodysex, c’est partager cela, c’est libérer la parole, c’est la faire venir à toi, de toi, et pour toi. Bodysex ça n’a rien de sexuel et encore moins de porno : il s’agit simplement d’être soi, sans aucune barrière.

L’atelier a commencé par deux questions : « Comment je me sens avec mon corps ? » et « Comment je me sens avec mes orgasmes ? ». Chacune notre tour, nous y avons répondu, échangeant, commentant nos expériences. Nous étions onze, et dans chacune d’entre elles, j’ai vu un petit bout de moi. Aucune histoire n’était la-même, mais toutes étaient semblables. Ce qui m’a frappé, c’est à quel point nous avons toutes subies une ou des violence.s sexuelle.s, quelle qu’elle soit, et sans exception. Je me suis sentie proche de ces femmes, elles m’ont touchée. Répondre à ces questions est déjà en soi un exercice difficile, un travail réflexif qui a remué tout plein de choses qui se sont passées pour moi cette dernière année.

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Après cela est venu l’heure tant attendue de l’observation des vulves. Chacune notre tour, nous nous sommes assises, jambes écartées, avec une lampe et un miroir, pour montrer notre vulve aux autres et surtout, l’observer nous-mêmes. Car qui prend le temps de faire ça ? Qui connaît sa vulve (et ne l’appelle pas vagin, d’ailleurs), sait où se trouve son clitoris, l’entrée du vagin, etc. ? La plupart des femmes ne la regarderont que si elles pensent avoir un problème (boutons, infection) et ne sont jamais en contact avec leurs parties génitales. Lorsque je me suis retrouvée jambes écartées face à dix femmes commentant à quel point ma vulve était jolie, était d’une couleur incroyable, et avait une forme de cœur qui paraissait ouvrir les bras pour recevoir un abrazo, j’ai commencé à y croire moi aussi. Pour la première fois de ma vie, j’ai vu mon clitoris (il est tout caché ce coquin). Et je me suis sentie connectée à mon corps comme jamais, grâce à ma « super vulve végane » qui n’a rien de dégoûtant et que je peux prendre plaisir à observer. Sur les onze, chaque vulve était totalement différente mais toutes étaient magnifiques, et c’était tellement beau de voir ces femmes découvrir, ou se réconcilier avec leurs vulves! Les filles, votre vulve est belle, prenez le temps de la regarder, de la masser, elle est votre « moi » le plus intime et le plus précieux, votre amie la plus chère, ce serait dommage de ne pas prendre le temps de la connaître…

A la fin de cette première journée, une étrange sensation m’habitait : je me sentais totalement vidée, épuisée mais tellement pleine, comblée et remplie d’une énergie si positive qui me donnait envie de crier à tout le monde ce que je venais de vivre. Surtout, j’étais fière de vivre ça et de faire partie de ce magnifique cercle de femmes toutes plus différentes mais plus belles les unes que les autres, qui en à peine cinq heures, étaient devenues mes sœurs.

Le deuxième jour est arrivé, et la gêne du début avait disparu. A vrai dire, je n’avais qu’une hâte : arriver pour m’enlever ces vêtements et me retrouver à nouveau dans le cercle, nue. Cette journée était d’avantage consacrée à la masturbation et aux orgasmes. Nous avons échangé des techniques de masturbation, Fabiola nous a expliqué les différents types d’orgasme selon la classification de la Docteure Betty Dodson, et nous a enseigné des techniques de respiration et de méditation aidant à atteindre l’orgasme. Suite à cela, nous avons pris part au « receso erotico », ou récréation érotique, le moment où nous nous masturbons toutes ensemble. Très franchement, avant d’assister à l’atelier, je ne savais pas si j’allais en être capable, encore moins si j’allais être capable d’avoir un orgasme. Mais quand est arrivé le moment de me caresser, d’attraper le vibro et de l’approcher de mon clitoris, j’ai ressenti un plaisir immense et c’était tout sauf bizarre. Chacune a commencé à prendre du plaisir, de la manière et au rythme qu’elle le souhaitait, et ça semblait tellement naturel, c’était tellement beau de nous voir partager quelque chose d’aussi intime mais commun que la masturbation… Il y a eu un moment où nous étions toutes dans la même position, assise en cercle sur les genoux, et Fabiola a proposé que l’on se regarde dans les yeux. Nous étions heureuses, apaisées, en confiance, et nous avons toutes éclaté de rire en nous regardant, nous riions car ça nous paraissait si simple, si facile et si incroyable de partager tout ça… Je crois que j’ai été la première à avoir un orgasme, et ça a été un des plus beaux orgasmes de toute ma vie, entourée de ces femmes, Portishead en fond, Fabiola m’encourageant, je me suis laissée jouir et j’ai laissé sortir ce cri de plaisir qui m’envahissait, c’était tout bonnement magique ! On se félicitait mutuellement, à un moment nous avons toutes joui en même temps et n’avons pas pu nous retenir de rire, un fou rire délicieux, jouir et rigoler toutes ensemble, rien ne pouvait égaler cette plénitude.

La session s’est terminé par un massage « collectif »  (en deux groupes) : chacune notre tour, nous recevions un massage de cinq autres femmes. Ce fut un moment très spirituel et très émouvant. Jamais je n’avais eu autant de mains sur mon corps, mais surtout, sentir tant de tendresse et tant d’amour de leur part m’a bouleversée.

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Vous ne savez pas à quel point je souhaiterais que chaque femme puisse vivre cela au moins une fois dans sa vie. Je sais que l’expérience peut sembler bizarre voire effrayante, mais il se trouve que ça a été la chose la plus naturelle au monde. Je me suis sentie tellement femme, tellement moi et tellement belle… J’ai découvert à quel point mon corps était beau et fort, il a un pouvoir incroyable qui n’appartient qu’à moi et qui n’est que pour moi. J’ai beaucoup pensé à mes amies, et j’ai pensé : Pourquoi ne pourrions-nous pas le faire entre nous ? Pourquoi avons-nous si honte de nos corps, pourquoi ne pouvons-nous pas partager d’avantage et nous ouvrir aux autres ? Oui, je suis fille, je suis sœur, je suis amie, mais avant toute chose, je suis un corps et je suis un corps sexuel. Nous le sommes tous et toutes. Et ma sexualité, c’est moi. C’est une part importante, que je n’ai plus envie de cacher par peur de heurter, dont je ne veux plus avoir honte car c’est une part de moi-même que j’adore et qui me définit.

Ce qui m’a le plus marqué je crois, c’est la sororité entre nous, la complicité que j’ai ressenti avec toutes ces femmes : j’ai vu un bout de moi en chacune d’entre elles et c’est tellement beau une telle unité dans la diversité. A la fin de l’atelier, nous avons pris une minute de silence pour nous regarder toutes et chacune dans les yeux. Ce que j’ai vu, c’est de l’amour, de la gratitude et je me suis sentie bienvenue. Car avant tout, nous sommes des femmes : nous vivons des expériences similaires, subissons les mêmes violences, avons le même corps et la même soif de plaisir et de liberté. Et ensemble, avec une telle énergie comme celle que nous partagions dans ce cercle, nous sommes si fortes ! Évidemment, la société nous préfère esseulées et affaiblies : nous leurs sommes bien plus utiles. Alors on nous culpabilise, on nous apprend à penser aux autres, à tout sauf à nous-mêmes et on nous traite de femmes égoïstes si l’on décide par et pour nous-mêmes. Eh bien vous savez quoi ? Je suis égoïste, et je vous demande que vous le soyez vous aussi ! Pensez à vous, vivez pour vous, vivez avec vous.

En rentrant chez moi, j’ai eu un moment de peur. J’avais peur qu’elles me manquent, peur de ne pas retrouver la force et l’énergie que j’ai ressenti et qui nous unissait, peur de ne pas en être capable toute seule. Mais au final, j’ai compris que ce que j’avais appris, avant tout, c’était à me connaître moi-même ; et qu’en étant moi-même, j’aurai toujours un peu d’elles avec moi, que cette énergie nous unit bien au-delà de tout le reste.

Je termine en disant merci, merci Bodysex, merci à Fabiola et aux dix autres femmes qui étaient présentes ce jour-là à México, mais surtout merci à moi, d’avoir eu le courage d’y aller et la force de tomber amoureuse de moi. Je sens qu’une grande porte s’est ouverte en moi, et je suis pleinement reconnaissante envers les femmes du cercle d’avoir été mes guides et mes miroirs.

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Pourquoi tu ne dois pas me souhaiter une « bonne journée de la femme »

Mesdames, Messieurs,

S’il vous plaît, prenons quelques instants pour remettre les pendules à l’heure, et les idées à leur place. Le 8 mars N’EST PAS la « Journée de la femme ». Pourquoi ?

  1. « La femme » n’existe pas. Eh oui, désolée de vous décevoir mais « la fâââme » est un concept totalement surfait et inventé par le capitalo-patriarcat à des fins oppressives. Parler de LA femme, c’est imposer un modèle de féminité duquel il est mal vu de s’éloigner. C’est refuser la diversité, diversité des corps, des esprits, des caractères, des sexualités. C’est n’accepter qu’une seule manière d’être femme: celle que vous vendent les grandes entreprises et leurs publicités, les industries culturelles, etc. C’est renforcer, encore et toujours, les stéréotypes de genre (qui touchent aussi bien les hommes que les femmes).

    Il n’y a pas une femme mais DES FEMMES. Nous sommes pleins, nous sommes multiples, nous sommes belles et nous sommes différentes. Nous ne sommes pas toutes minces comme il.lles le souhaiteraient, nous ne correspondons peut-être pas à leurs critères de « beauté », nous ne sommes peut-être pas toutes de futures mères, nous ne savons pas toutes marcher avec des talons de 12, nous ne vivons peut-être pas toute dans l’attente du prince charmant, nous aimons peut-être les femmes ou les hommes ou les deux ou sommes peut-être asexuelles, certaines se fichent sûrement de leurs poils et d’autres pas, nous ne vivons pas, mais alors vraiment pas, dans le seul but de vous séduire, vous les hommes, et nous ne sommes peut-être même pas toutes nées femmes cis, mais nous sommes toutes DES femmes.

  2. Nous sommes toutes des femmes, et nous avons toutes été discriminées pour ce simple fait. Nous sommes d’avantage touchées par la pauvreté (13,8% des femmes contre 12,2% en France en 2008), nous avons moins accès aux postes à responsabilité (par exemple, 1 parlementaire sur 5 est une femme), nous créons moins d’entreprise (29% des créations d’entreprise), nous avons des salaires en moyenne 27% inférieurs à ceux des hommes à travail égal. Nous sommes celles qui effectuent encore 80% des tâches domestiques. Nous avons toutes connu le harcèlement de rue, nous nous sommes toutes déjà faites insulter pour notre tenue, nous sommes 5 fois plus victimes de violences sexuelles que les hommes, et on nous en rend souvent responsables. Nous restons victimes de mutilations sexuelles, de privation de droits aussi élémentaires que celui de voter, de conduire, etc. Nous sommes une insulte (« Tu cours comme une fille », « Tu pleures comme une fille » etc.), nous subissons le sexisme jusque dans les salles d’accouchements, on refuse encore de féminiser les noms de professions, et j’en passe, je pourrais continuer des pages durant…1

  3. Il s’agit d’une journée de commémoration et de rappel des luttes que les femmes ont menées et mènent encore aujourd’hui. Je ne vais pas vous refaire toute l’histoire, mais sachez qu’à l’origine, le 8 mars a été instauré par le parti socialiste états-unien comme la commémoration d’une grande vague de grèves et de manifestations de milliers de femmes des industries textiles new-yorkaises qui réclamèrent les mêmes droits que leurs collègues hommes. Il s’agit aussi du premier jour de la révolution russe de 1917, jour où les femmes manifestèrent pour du pain, et la fin de la guerre. Il est arrivé en Europe par la II ème Internationale, et était célébré par les communistes comme « Journée internationale du travail des femmes ». En 1977, la journée est officialisée par les Nations Unies, invitant chaque pays à célébrer une journée pour les droits des femmes.

    Ce jour a été volé par le système capitalo-patriarcal contre nous : il a été institutionnalisé, et ainsi destitué de son aspect combatif. Il est devenu une espèce de célébration d’une prétendue « féminité » soi-disant libérée, qu’on essaie de faire passer pour un progrès et une réussite dans le seul but de nous faire oublier toutes les discriminations dont nous souffrons encore ! Pour cela, rien de tel que de nous vendre des bijoux ou des appareils ménagers à prix réduits : donnons-leur ce qu’elles veulent et elles se tairont ? Les filles, je vous en prie, refusons cette stratégie capitaliste !

  4. Tout simplement parce-que cette journée s’appelle Journée internationale pour les droits des femmes. Un point c’est tout.

Donc s’il vous plaît, mesdames ne vous faites pas avoir, refusez la fausse attention que l’on vous porte ce jour-là : ce n’est qu’une oppression de plus ! Et n’oubliez pas la lutte dans laquelle nous sommes toujours. Messieurs, ne rendez pas hommage « aux femmes de votre vie », ne leur faites pas la faveur de faire la vaisselle parce-que « C’est la journée de la femme » (pitié, tout mais pas ça!), et ne tombez pas non plus dans le piège capitaliste et consumériste. Regardez plutôt autour de vous et essayez de vous rendre compte de l’oppression que nous subissons toujours, et de l’attitude oppressive que vous pouvez avoir (si si, je vous assure, cherchez bien), et comment vous pourriez la faire disparaître.

Profitons de cette journée pour réfléchir, tous et toutes ensemble, à nos paroles et à nos actes, aux transformations à mener pour faire de ce monde un monde meilleur, plus juste, et plus égalitaire ; profitons de cette journée pour être solidaires. Le 8 mars est simplement là pour nous rappeler ce dont nous devrions nous rappeler tous les jours.

1Tous les chiffres viennent de là : femmes.gouv.fr/wp-content/uploads/2012/07/Chiffres_cles_2010_egalite_hommes_femmes.pdf

Fiou fiou – le sifflement de trop

Aujourd’hui, alors que je marchais avec l’amoureux dans les rues animées du marché poblano, je me suis faite siffler par un petit groupe d’individus mâles – évidemment j’ai envie de dire. Jusque là, rien de très exceptionnel dans la vie d’une femme, vous me direz. Mais je voudrais revenir sur deux choses.

La première, c’est que ce genre de choses ne m’arrive que très rarement ici au Mexique. Peu c’est déjà trop, car doux serait le monde et paisibles nos vies sans harcèlement sexuel, mais trêve d’utopies, ce monde n’est pas (encore?) le nôtre. En tout cas, cela fait bien relativiser sur la Frrrance, vue comme tellement « éduquée » depuis l’étranger, mais pourtant bien reine du harcèlement de rue (à mon humble expérience). Jamais on ne m’a autant sifflée, aguichée, interpellée, insultée, tripotée qu’en France. Jamais on ne m’a dit des choses aussi violentes qu’en France (et oui, je comprends ce qu’on me dit ici dans la rue). Alors oui, aujourd’hui on m’a sifflée, la semaine dernière on m’aura sûrement glissé un « wapa », et je ne l’apprécie pas plus qu’en France. Mais jamais je n’aurais pensé que le Mexique serait aussi reposant sur ce point-là, et que la France était aussi agressive.

La seconde chose porte plus particulièrement sur ce qu’il s’est passé aujourd’hui. Moi, l’amoureux, la rue. Le sifflement. Et la réaction de l’amoureux : « Es mia chiquitos ! » (« C’est la mienne les petits ! »). Puis ma tête, la sienne, ma colère, lui regrettant déjà ce qu’il venait de dire. Car non, je suis la sienne de personne, à part peut-être la mienne. Et non je n’aime pas qu’on me siffle dans la rue, mais je ne veux pas non plus qu’un autre homme prenne ma défense. Même si ses intentions sont bonnes, même si en dehors d’un coup de tête énervé, il ne dirait jamais que je suis sienne, même si le but était simplement de me montrer qu’il était là, pour moi, et que je n’étais pas seule face à ces cabrones. Pourquoi ? Parce-que je veux que l’on me respecte pour ce que je suis, moi, en tant que femme qui marche dans la rue, seule ou accompagnée, et non parce-qu’un individu identifié mâle me tient par le bras, ou leur dit de se taire. Parce-que ça me fout la rage, et surtout ça m’attriste profondément d’avoir besoin d’un homme pour me défendre. Je ne veux pas, je le refuse. Parce-que c’est MON problème, MA condition, MON quotidien. Parce-que même si je ne dis rien, même si je n’arrive pas encore tout le temps (surtout dans une autre langue) à les envoyer a la chingada, je veux pouvoir me défendre MOI. En clair j’en ai assez, plus qu’assez que mon respect ou ma sûreté dépende d’un autre, d’un homme, encore, toujours.

Et c’est dur. C’est dur de faire comprendre ça aux hommes, surtout à quelqu’un d’aussi respectueux, qui fait autant attention à ses paroles qu’à ses actes. Aux hommes, aux autres, qui ont beau dire mais qui ne connaissent pas le harcèlement de rue. Ils ne savent pas, malgré tout ce qu’on peut leur raconter, leur expliquer, les témoignages qu’ils peuvent lire, les chiffres, les conseils qu’ils peuvent eux-mêmes édicter, JAMAIS ils ne sauront. Alors oui, j’aimerais juste qu’on me laisse gérer ça comme je peux, qu’on arrête de me dire « Ne le prends pas si mal », ou « Tu n’as qu’à les envoyer chier ! », « Défends-toi ! », … parce-que vous ne savez pas. Moi je sais. Nous, nous savons. Nous, nous vivons ça tous les jours. Et la parole doit être à nous.

Je vois déjà les male tears venir, certain.es hurler au différentialisme, me traitant de féminazi dans leur tête. Il ne s’agit en rien de cela, il ne s’agit pas de refuser toute aide ou collaboration ou autre coopération entre les deux sexes. Il s’agit juste de refuser que l’homme soit encore celui qui occupe l’espace public et prenne le dessus jusque dans notre situation d’opprimées. Simplement de demander que même là, on nous laisse nous exprimer, s’il vous plaît. C’est triste, vous ne trouvez pas ? Moi si.

Harcèlement de rue et féminisme bourgeois

Article écrit suite à la lecture de celui-ci

Ca fait tellement de bien de lire ça. NON, le harcèlement de rue n’est pas réservé aux “jeans sous les fesses, casquette de travers et 18 de QI”, gros stéréotype du mec de banlieue. NON, écouter France inter ne fait pas la différence.

Cantonner le harcèlement de rue à cette partie de la population – à UNE partie de la population d’ailleurs, c’est d’une part faire part de racisme et d’un mépris de classe envers les couches populaires ou issues de l’immigration, évidemment moins éduquées, à l‘“accent” de banlieue et ignorant l’existence de France Inter; mais c’est aussi minimiser les violences sexistes des classes supérieures et donc minimiser le sexisme de la société en général.
« C’est curieux : certains de mes amis sont choqués quand je leur raconte m’être fait aborder par un groupe d’hommes à base de « t’es charmante, tu veux pas aller boire un verre », « t’es bonne », « tu suces ? » ; beaucoup moins quand un homme riche, éduqué, bien habillé me signale en guise de bonjour qu’il me trouve charmante, et en guise d’au revoir que « cela a été un plaisir de me contempler ». »

Parce-que oui, quand un vieux CSP+ me fait un baise-main pour me saluer “à défaut de pouvoir faire plus”, ou qu’il dit à mon père qu’il a “réalisé de très jolies choses dans sa vie” en me faisant un pauvre clin d’œil dégueulasse, je me sens aussi humiliée et agressée que par un “Oh téma elle est bonne elle”. De même quand un jeune cadre dynamique me klaxonne depuis sa jolie caisse. Ou qu’un ouvrier me siffle quand je passe dans la rue. Ou encore qu’un prof me fait une remarque sur ma tenue. Le vocabulaire ne change rien, le costume non plus.

Malheureusement, un féminisme bourgeois – ou féminismeTM- (un peu trop?) à la mode, centré sur les intérêts d’une élite française et privilégiée contribue à renforcer ces idées, ne faisant que stigmatiser une partie de la population pour mieux laisser les mains libres aux puissants qui tiennent véritablement les ficelles. Et c’est bien dommage.

Pour vivre heureux, vivons caché.es?

10606615_10152881655535320_7523739215633483864_nHier, j’ai participé à la 13ème « Marcha del Orgullo, de la Dignidad y de la Diversidad sexual » de Puebla, la « Marche des fiertés » d’ici. C’était ma première en tant que bie assumée et affirmée, et je dois dire que ça m’a fait du bien. Je me sentais fière d’arborer ce drapeau coloré, une couronne de fleurs sur la tête, et de défiler parmi tant d’autres personnes aussi différentes, aux corps différents, aux sexualités différentes, mais desquelles je me sentais proche comme jamais.

Certain.es ami.es avec qui j’ai discuté ensuite m’ont fait part de leur réticence vis-à-vis de cette marche. Ils trouvaient que le mot « Orgullo » (ou fierté) était mal approprié, car, « je suis pas fièr.e d’être hétéro moi ». Bien sûr que non tu n’en es pas fièr.e, ou plutôt, tu n’as pas à l’être, tu n’as pas à le revendiquer pour exister. Tu existes. La société t’accepte comme tu es, elle te considère même comme la norme, alors pourquoi aurais-tu besoin de t’affirmer ? C’est toujours la même problématique : c’est fou combien il est difficile de se rendre compte que l’on est privilégié.e, mais que tous et toutes ne le sont pas, et surtout de l’accepter*. Parce que oui, il est évident que quand tu es hétéro (et surtout un homme blanc et cis) tu n’as pas besoin d’aller marcher pour défendre ton droit à avoir la sexualité dont tu as envie. Il est évident que tu te reconnais dans toutes ces publicités, ces films, dans lesquelles amour ou sexe ont toujours lieu entre deux personnes de sexe opposé. Tu n’es jamais (ou rarement) mal à l’aise dans des soirées où toutes les nanas parlent de leur type de mec et les mecs de leur type de nana et te demandent « Et toi ? » sans se préoccuper de si tu aimes les uns, les autres, ou peut-être les deux. Tu n’es jamais confronté.e à ces situations dans lesquelles tu ne sais pas si tu peux parler ouvertement de ta sexualité de peur de la réaction des personnes en face de toi. Tu n’en as pas marre que l’on te demande toujours si tu as un mec, mais jamais si tu as un mec ou une meuf. Tu n’es pas accusé.e de ne pas savoir ce que tu veux/vouloir le beurre et l’argent du beurre/être une fille ou un mec facile qui aime juste coucher à droit à gauche/vouloir faire des expériences « juste pour le fun » ou pour te la péter quand tu dis que tu es bi.e. Tu ne te prends pas la tête pendant des heures en te demandant comment tu peux faire comprendre aux gens que tu connais depuis longtemps et qui t’ont toujours connu.e en couple hétéro qu’en fait, tu aimes aussi les filles. Tu n’as pas peur, en écrivant ces lignes, de comment vont réagir certaines de ces personnes à la lecture de cet article.

Tu ne sais pas tout ça. Tout ce que tu sais, tout ce que tu vois, c’est que tu peux vivre ta sexualité comme tu l’entends et que tout le monde trouve ça NORMAL. Alors s’il te plaît, prends conscience de la chance que tu as, et quand nous pourrons tous jouir comme nous le voulons et avec qui nous voulons, on en reparlera.

* Attention, je reconnais moi aussi être privilégiée sur certains aspects. Mais je travaille pour en être consciente, et essayer d’être toujours respectueuse de ceux.lles qui ne le sont pas en réfléchissant à la conséquence de mes paroles ou de mes actes.